Journal d’expatriation #6 : 2 ans à Montréal

Il y a 1 an, je terminais cet épisode 5 de mon Journal d’expatriation par ces mots :

Pour l’instant, toujours pas d’envie de revenir en France à un moment donné, comme je l’ai souvent dit cette année et avant que l’on ne déménage ce n’est pas quelque chose à laquelle on pense et que l’on peut prévoir. On revient passer quelques jours à la fin de l’année en France pour voir nos parents et quelques amis par la même occasion, parce que c’est parfois ça le plus compliqué : être loin et ne pas bien savoir quand est-ce que l’on se reverra. Mais alors plutôt que de prévoir : profitons, on verra bien ensuite.

Aujourd’hui ça y est, la boucle est bouclée : ça fait 2 ans que l’on vit ici à Montréal ! 2 ans lorsque l’on part vivre à l’étranger généralement ça fait partie des dates un peu clefs que l’on retient vraiment. Dans notre cas, deux ans c’est la durée de nos permis de travail respectifs, à Flavien et à moi. Aucun suspense à créer là dedans : on a évidemment envie de rester et de les renouveler, ces deux permis ! Leur renouvellement est d’ailleurs en cours, cela prendra probablement quelques mois et on vient donc d’entrer dans ce que l’on appelle un statut implicite, un statut qui nous permet de rester sur le territoire mais qui ne nous permet pas d’en sortir (ou en tout cas, qui nous permettent d’en sortir mais qui nous empêchent d’y rentrer de nouveau) tant que nos nouveaux permis n’ont pas été approuvés. Cette année 2020 marque d’ailleurs la suite de notre immigration ici : en décembre 2019 dernier on envoyait ce que l’on appelle le CSQ (Certificat de Sélection du Québec), un document à obtenir auprès du gouvernement québécois qui constitue la première étape pour demander notre Résidence Permanente au Canada. Le CSQ a été obtenu en un mois et dans la foulée nous voilà à remplir plein de documents, rassembler toutes les pièces demandées pour envoyer une grosse enveloppe de 2 bons centimètres direction… Sydney ! Sydney en Nouvelle-Écosse, pas Sydney d’Australie. Ça, c’était en février dernier. À présent il nous faut patienter, environ 2 ans, peut-être plus (les procédures d’immigrations au Québec sont très longues, je ne rentrerai pas dans des détails un peu barbant mais obtenir sa Résidence Permanente dans une autre province prend bien moins de temps actuellement !). La Résidence Permanente, c’est le premier graal qui nous libère complètement de la nécessité d’un permis de travail pour avoir le droit de rester sur le territoire, il nous permet de faire absolument ce que l’on veut, c’est un peu comme si on avait la nationalité canadienne mais sans le droit de vote, pour la faire courte. Et d’ailleurs, la nationalité c’est l’étape d’après : sans RP, pas de possibilité de demander notre citoyenneté ! Et cette citoyenneté elle a toujours été dans nos plans et encore plus depuis que les mois passent ici : on se plait vraiment bien par ici, on ne sait toujours pas si/quand on rentrera un jour en France et si on le fait un jour, pouvoir revenir facilement sans s’embarrasser de papiers nous fait plutôt envie.

Il y a deux ans et trois mois, au moment où l’on a fait basculer notre décision on vivait à Rennes et dans nos têtes à Flavien et à moi on avait pour projet d’acheter. Je vous en parlais il y a un an : à ce moment là on avait envie de trouver une petite maison où l’on allait se sentir bien, à repeindre les murs, à la rendre cosy et à y vivre notre vie. Et on a eu l’occasion de tout chambouler. Ça a un peu surpris, on a perdu des connaissances mais je ne regrette en rien ce choix. Je le disais il y a un an : on vit pour nous et ça devrait être l’unique réponse à une décision un peu compliquée à prendre, même si je sais bien que dans les faits ce n’est pas toujours aussi facile que ça et qu’on a eu beaucoup de chance de pouvoir le faire. Assis sur le canapé de notre salon à Rennes, on s’est dit que si on ne le faisait pas maintenant on ne le ferait jamais, qu’on se coincerait dans un quotidien qui si il n’a rien de fade ou de honteux, allait nous enliser dans une vie que l’on pourrait plus difficilement bousculer plus tard. Deux ans et trois mois plus tard je suis toujours en phase avec cette décision prise en 10 minutes mais qui en réalité trottait dans nos têtes depuis bien avant que l’on ne se rencontre Flavien et moi. Vivre à l’étranger ce n’est pas facile : je ne parle pas là de toute la partie légale et administrative, je parle de la partie émotionnelle. C’est être loin de ses proches, c’est se dire au revoir à l’aéroport et ne pas savoir quand est-ce que l’on se reverra, c’est multiplier toute l’organisions pour se rendre visite, c’est faire le tour du pays lorsque l’on rentre pour voir le plus de personnes possibles et « rentabiliser », c’est souvent avoir peur d’apprendre des mauvaises nouvelles et de ne pas pouvoir être immédiatement là ou en quelques heures de route, c’est constamment calculer les heures de décalage et puis au bout de quelques mois vivre avec deux horloges dans la tête. C’est être en décalage parfois, vivre avec le cœur et l’esprit dans deux endroits différents parfois séparés par un océan ou même plusieurs. C’est aussi se recréer une famille ailleurs, une famille un peu spéciale qui connaît tout de ce que l’on vit dans ces nouvelles terres d’adoption : avec qui l’on passe Noël, avec qui l’on fête tout et avec qui l’on crée des souvenirs ailleurs.

Je crois que ce qui est le plus étrange lorsque l’on vit à l’étranger et ce à quoi on ne s’attend pas vraiment c’est de ne plus avoir vraiment de chez soi : dès lors que l’on ne vit plus dans son pays de naissance alors il est apposé sur nous l’étiquette du pays dans lequel on vit. Mais dans le pays où l’on vit ce n’est pas non plus de là d’où l’on vient. Alors on est dans un entre-deux étrange : on n’est plus vraiment considéré comme étant français par nos pairs (ceux vivant toujours dans le pays) mais puisque l’on n’est pas non plus québécois/canadien (ou tout autre pays d’adoption) on ne fait pas non plus parti de notre nouveau pays. C’est quelque chose dont on se rend vraiment compte lorsque l’on discute avec des personnes qui vivent en France : ce n’est pas volontaire mais souvent les messages se terminent par « ici en France » ou des formulations qui donnent vraiment l’impression de ne plus faire partie du pays et de se faire un peu déposséder de son identité. Parler d’identité alors que l’on vit quotidiennement dans un monde où d’autres voudraient réellement retirer l’identité de ceux et celles qu’ils rejettent est sans doute assez touchy pourtant, c’est quand on vit à l’étranger qu’on mesure toute l’importance et la richesse de notre identité, du fait qu’elle soit parfois comme une ancre, une Madeleine de Proust et un bout de soi-même ô combien précieux. Qu’est-ce que je peux soupirer lorsque j’entends parler de communautarisme en mal alors même que quiconque vivant à l’étranger se retrouvera toujours, plus ou moins, à échanger avec des personnes partageant les mêmes références, les mêmes souvenirs de dessins animés, que l’on vive dans un pays ou dans une région du monde fortement. Que ce soit en croisant par hasard quelqu’un de sa nationalité ou en ayant des amis ancrés dans notre nouvelle région, partager des références fait plaisir et réconforte, repose. Et inversement, échanger et parler avec des personnes ne connaissant rien ou peu de nos références enrichit, passionne et donne envie de mélanger encore plus les cultures et notre société qui ne gagnerait qu’à être meilleure si elle embrassait pour de bon toutes les nuances qui la composent.

Cette sensation de ne pas vraiment faire partie d’un pays ou d’un autre est une sensation qui peut-être est un peu trop sur-intellectualisée cependant c’est un sentiment qui pour en avoir discuté ou l’avoir lu chez d’autres « comparses d’immigration » semble souvent partagé. On absorbe peu à peu la culture et la façon de vivre d’ici en ajoutant à nos années de vie des années que l’on ne passe pas dans notre pays natal. C’est d’ailleurs une impression dont avait parlé Anne-Laure de Rue Rivard dans un article l’an dernier et que je partage complètement : cette sensation d’être « le cul entre deux chaises ». Je tâche encore le plus possible de me renseigner sur ce qu’il se passe en France mais c’est vrai que dernièrement, avec les attentats qu’il y a eu j’ai lâché du lest. Je sais ce qu’il s’est passé mais j’ai choisi de ne pas lire d’articles. Parce que c’est épuisant à force de se renseigner sur son pays, celui où l’on vit, et le pays dont on vient. Mon cerveau est comme coupé en deux à me renseigner sur les actualités deux deux pays (trois même avec les États-Unis à côté). Je crois que si je n’avais pas de blog ou que je n’avais pas de compte Instagram, que je n’étais pas autant sur Twitter non plus, je serais peut-être un peu moins au fait de ce qu’il se passe : la majorité des personnes que je suis et qui me suivent vivent en France alors automatiquement je sais ce qu’il s’y passe. Mais j’ai aussi l’impression de parfois rappeler que oui, je sais, je suis française et je suis au courant de comment on y vit (sans animosité aucune !). Mais je comprends également que l’on puisse se dire que ne plus vivre à un endroit fait que l’on n’est plus au courant de comment y est la vie et l’actualité.

Aujourd’hui cela fait 2 ans et je trouve ça dingue, j’ai l’impression que c’était hier que l’on montait dans notre avion, nos 4 valises et nos 3 animaux sous le bras et il y a une éternité en même temps. J’ai l’impression de vivre ici depuis toujours et je me rappelle à quel point les 3 mois de notre déménagement avaient été d’un stress si intense, comment a-t-on fait pour tout faire en si peu de temps ?! Je me sens vraiment chez moi ici à présent, je ne me lasse pas de notre province d’adoption et surtout je ne regrette pas un seul instant que l’on ait choisi Montréal comme ville d’accueil après avoir vécu à Rennes. J’aime tellement cette ville, son ambiance, son calme et son effervescence à la fois : elle est apaisante, je m’y sens en sécurité et j’adore la redécouvrir à chaque nouvelle saison. L’hiver est magique (sauf à la fin quand tout fond mais qu’il faut encore attendre de longues semaines avant que l’été n’arrive, il faut bien l’admettre), l’été donne l’impression d’être constamment en vacances tant tout se réveille : tout le monde semble heureux dans la rue, la chaleur nous fait vivre constamment à l’extérieur, les parcs sont remplis de monde et aller à la piscine au parc (tout du moins l’an dernier) en fin de journée après avoir travaillé fait partie de mes souvenirs favoris. Et puis l’automne, l’automne est une saison magique ici : les couleurs sont tellement intenses ! Tous les paysages de notre province et d’à côté changent complètement, comme pour nous offrir le plus de couleurs possible et le plus de jolies choses à voir avant que la nature ne s’endorme pendant de longs mois. 2020 n’a pas été une année facile évidemment et la seule ombre à l’horizon c’est bien ça : cette année nous a fait ressentir la distance encore plus intensément qu’avant. On est le 30 octobre et cela commence à être vraiment dur et d’après tout ce que j’ai lu chez mes comparses expatriées je crois bien que ce sentiment est un sentiment très commun. Lorsque l’on choisit d’immigrer dans un pays on ne s’imagine pas un seul instant qu’il y aura à gérer une telle situation, pourtant en ce moment c’est particulièrement difficile de savoir que l’on ne peut pas rentrer (de par notre statut implicite d’ailleurs) et que l’on ignore quand est-ce que l’on pourra revoir nos familles. Il me tarde que la situation revienne à la normale et que l’on puisse de nouveau sortir, explorer et découvrir notre si beau pays (et rentrer voir nos proches surtout) !

Deux ans dans une vie c’est court et long à la fois, j’ai l’impression que ces deux années ont duré un temps infini. Mais un temps infini dans le bon sens : j’ai l’impression de vivre ici depuis toujours, j’ai l’impression de vous avoir annoncé notre déménagement il y a si longtemps et en même temps, ça me parait être comme si c’était hier. C’est un peu fou de vivre ici, c’est extraire ce que j’avais écrit sur papier dans mon journal plus jeune et l’avoir transformé en ma réalité. Alors, à nos deux ans et à toutes les prochaines années à venir ! Je me réjouis de découvrir ce que le futur nous réserve (et, il me tarde de pouvoir de nouveau partir explorer notre nouveau continent !).

 

Enfin, je vous ai demandé si vous aviez des questions particulières auxquelles vous aimeriez que je réponde, les voici donc ci-dessous :

VOS QUESTIONS

Préfères-tu ta vie là bas (ici) ou en France ?

Difficile je trouve de répondre à ce type de question, car au delà du lieu où l’on vit il y a également notre propre personne qui évolue au fil des années et celle-ci est complètement liée aux expériences que l’on vit ! C’est un peu finalement comme dire quel parent on préfère : la France est mon pays de naissance, j’y ai vécu 26 ans avant d’en partir et toute ma culture, mes références, ma croissance en tant que personne s’y est faite. Mais force est de constater que j’adore ma vie ici et que je m’y sens vraiment bien, comme à la maison. La vie est paisible, je ne crains plus de me faire (trop) importuner dans la rue, l’ambiance générale est vraiment agréable et si tout n’est évidemment pas parfait (quel pays l’est vraiment ?), le Canada et le Québec se défendent vraiment bien en terme de qualité de vie. Je continue de me dire de temps à autre « tu te rends compte tu vis au Canada » et je trouve ça toujours aussi fou tant c’était un rêve d’enfance. Je me revois encore à 6 ans en vacances ici sans imaginer une seule seconde que j’y retournerai avec mes cartons des années plus tard.

Ce qui a changé sur le plan professionnel

Tout et rien à la fois ! Je n’ai pas changé de métier, je suis toujours graphiste-illustratrice et je suis toujours à mon compte, par contre les 8 premiers mois ont été particulièrement difficiles et assez éprouvants moralement : je n’arrivais pas à trouver de contrat et j’ignorais si c’était lié au fait que je vive désormais dans un autre pays ou si c’était juste une période de creux comme on peut parfois en traverser lorsque l’on travaille à notre compte. 8 mois c’était tout de même très long, particulièrement angoissant puisque je n’avais quasiment plus aucun revenus (j’ai eu 2-3 missions mais rien qui pouvait me permettre d’en vivre, heureusement que mon copain pouvait assurer pour nous deux entre temps). Ça a également tout chamboulé puisque je suis passée de 3 sources de revenus à une seule : en France j’avais à la fois mon propre métier mais aussi ma boutique qui me générait un revenu plutôt confortable mensuellement mais également mon blog qui me permettait plus ou moins régulièrement d’avoir des collaborations avec des marques rémunérées. Une fois arrivée ici : plus rien. J’ai comme été blacklistée par les marques, j’ai également été contactée plusieurs fois par mail puis complètement ghostée juste après avoir répondu et précisé que je vivais au Canada (sympa…) et cette activité secondaire s’est complètement stoppée.

Au delà de l’aspect financier (passer de 3 activités à une seule met un coup en terme de revenus !) j’admets avoir été super déçue, j’adorais pouvoir collaborer via mon blog avec des marques, créer du contenu pour une marque que l’on apprécie est particulièrement gratifiant et je ne m’attendais vraiment pas à ce que cela s’arrête aussi abruptement. Financièrement ça a donc été compliqué mais ça va depuis beaucoup mieux, j’ai stoppé ma boutique puis l’ai réouverte sous une forme complètement différente (pour à la fois éviter les frais et ne plus y passer autant de temps qu’avant j’imprime désormais depuis chez moi sur une imprimante prévue à cet effet des toutes petites quantités pour ne faire que des ventes éphémères, ce format là me plait beaucoup !) et s’il m’arrive de recollaborer avec des marques de manière extrêmement rare, le cœur de mon métier reste toujours mon activité d’illustratrice et j’en vis toujours bien.

La RP (résidence permanente) bientôt ?
Est-ce que vous pensez déjà à la nationalité ?

Oui et oui ! Pour la Résidence Permanente je vous en ai parlé plus haut et pour la nationalité c’est également dans nos plans. C’était dans nos têtes lorsque l’on est partis mais bien sûr entre les projets et la réalité il y a toujours un vrai gap. Après 2 ans de vie ici le projet n’a pas bougé, dès que l’on aura notre RP (d’ici 2 ou 3 ans, au Québec la démarche est particulièrement longue) il nous faudra encore attendre pour accumuler 2 ans de résidence cumulée sur le territoire sur une période de 5 ans. Rendez-vous dans… je ne sais pas trop combien d’année, tout dépendra de la date de réception de notre RP ! Mais en tout cas c’est certain, on souhaite vivement avoir la double-nationalité un jour.

Est-ce possible d’aller au Canada sans avoir trouvé de job avant de partir ? Le permis peut-il être renouvelé plusieurs fois ?

Oui et non : la seule solution (hormis le visa de vacances qui n’a qu’une durée de 6 mois et vous interdit absolument de travailler sur le territoire) pour venir au Canada sans avoir de job est d’avoir un PVT (Permis Vacances Travail). Le PVT pour les français peut être obtenu avant d’obtenir l’âge de 36 ans, pour les belges c’est avant vos 31 ans. Le PVT vous permet pendant une durée de 2 ans de venir sur le territoire et de travailler (ou non), vous avez ensuite la possibilité de le transformer en permis fermé (lié à un emploi) uniquement si vous tombez sur un employeur qui accepte de s’occuper des démarches. Dans notre cas nous ne sommes pas venus via un PVT mais via le permis Jeune Professionnel obtenu par mon copain qui a été engagé par une compagnie d’ici : il a un permis fermé (et ne peut pas tant qu’il n’a pas de RP travailler dans un autre secteur professionnel que celui inscrit sur son permis) et j’ai un permis ouvert rattaché au sien en tant que conjointe de fait. S’il perd son travail il doit soit en trouver un autre dans le même secteur ou bien on doit quitter le territoire, tout ça dans une durée de 60 jours. Certains secteurs professionnels sont également très spécifiques (ceux liés à la santé et aux enfants) et je ne saurais malheureusement pas vous renseigner à ce sujet.

Le permis de travail ne peut pas vraiment être renouvelé : une fois que celui-ci expire il faut en refaire un nouveau (après avoir obtenu le CSQ notamment). Ensuite, tant que vous n’avez pas votre RP il vous faudra donc faire des nouveaux permis de travail à chaque fois que ceux-ci seront expirés. Je ne peux pas vous donner un nombre exact puisque cela dépend vraiment du pays où vous avez immigrés et pour le Canada cela dépend également de la province dont vous dépendez puisque les délais sont complètement différents selon chaque province, au Québec par exemple le temps de traitement de la RP prend plusieurs années tandis qu’en Ontario par exemple (la province de Toronto) cela peut mettre environ 6 mois à être fait.

N’as-tu pas trop le mal du pays et de tes proches ?

Du pays pas du tout, je ne suis pas particulièrement chauvine (même s’il ne suffit pas de l’être pour que votre pays vous manque !) et lorsque l’on a décidé de partir, on avait vraiment besoin de voir autre chose. J’adore ma vie ici, j’adore ce pays et la province dans laquelle on vit et la situation politique et sociale actuelle en France notamment me donne tout sauf envie de rentrer. Ne jamais dire jamais par contre, peut-être que l’on rentrera un jour (on se dit notamment qu’avoir la double-nationalité nous permettrait de pouvoir partir et revenir sans se poser de questions) mais pour l’instant la France ne me manque pas.

Par contre pour ce qui est des proches c’est parfois compliqué, on a une famille plutôt petite avec Flavien (je veux dire par là pas de grandes réunions familiales, de grands soupers ou de fêtes avec de longues tablées) et cette année tout particulièrement est compliquée. Savoir que l’on est aussi loin et savoir aussi que l’on ne peut pas rentrer (encore plus en ce moment avec notre statut implicite qui nous en empêche) nous fend le cœur. Nos parents devaient venir nous voir cette année et évidemment tout a été annulé, ce qui est triste c’est de les savoir vraiment peinés de ne pas nous voir et je pense que c’est ce que diront toutes les personnes vivant à l’étranger. Le seul défaut de l’immigration (et encore plus lorsque l’on vit dans un pays qui n’est pas aussi facilement accessible qu’un pays européen par exemple) c’est ça : ne pas pouvoir voir ses proches aussi facilement que ce que l’on souhaiterait. Cet été a été un peu triste et les fêtes de Noël le seront probablement aussi : voir tout le monde sur les réseaux voir leurs familles, leurs amis… ne pouvait que nous faire faire le parallèle avec notre propre situation. C’est en temps normal pas forcément évident mais en temps de pandémie la distance s’accroit d’autant plus qu’elle est encore plus palpable qu’à l’accoutumée. Et puis honnêtement, en ce moment la France me rend si triste que la seule chose qui pourrait m’y manquer ne concerne que ses paysages. Je suis plutôt triste de voir ce qu’il s’y passe et d’avoir l’impression qu’en deux ans tout se casse encore plus la gueule, vivre à l’étranger donne la sensation d’être à l’extérieur d’un immeuble qui s’écroule et de ne rien pouvoir faire (mais être à l’intérieur ne serait pas beaucoup plus utile non plus). Pourtant il n’y a pas un pays mieux qu’un autre, les problématiques d’ici ressemblent aux problématiques partout ailleurs, les communautés autochtones sont très mal considérées, les gouvernements sont tout autant frileux à l’idée d’employer les termes de racisme systémique pour désigner toutes les discriminations que subissent les personnes de couleurs, les conservateurs gagnent du terrains, cet été 2020 a fait l’objet de nombreuses dénonciations d’agressions sexuelles… en bref, ici ou ailleurs le monde entier est concerné par les mêmes sujets sociaux.

Comment sont considérés les français au Québec ?

Difficile de répondre puisque cela équivaudrait à généraliser : tout dépend des personnes, certains québécois nous adorent, d’autres nous détestent et d’autres se fichent de notre nationalité et c’est très bien comme ça. Ça fait bien sûr mal au cœur de tomber sur cette avant-dernière catégorie mais je ne suis pas à plaindre : je suis blanche, française, deux traits qui font que ma vie est plutôt facile et que je peux bien encaisser ces rares moments où je vois bien que l’on n’est pas les bienvenus, d’autres personnes subissant mille fois pire (ce n’est pas une excuse pour ceux qui font preuve d’irrespect de continuer mais vous comprendrez ce que je veux dire).

Que penses-tu de la société canadienne vs française ? comment t’y sens-tu ?

Je pense que l’on peut avoir un avis très précis à ce sujet lorsque l’on en fait vraiment complètement partie (c’est-à-dire lorsque l’on peut y voter), je m’y intéresse tout de même beaucoup, ai suivi de près les dernières élections fédérales et suis également régulièrement son actualité à la fois globale et provinciale puisque je trouve vraiment important d’être au courant de ce qu’il se passe dans le pays où l’on vit. En terme de société, comme je le disais plus haut les débats sont les mêmes qu’en France, je trouve néanmoins le Canada un peu plus progressiste même si les partis conservateurs sont tout autant figés dans le temps qu’ailleurs. Est-ce parce que le Canada est un pays plus jeune que certains sujets sont plus avancés ? Je serais curieuse d’avoir l’avis à ce sujet d’autres personnes vivant ici.  Je trouve passionnant de vivre dans un autre pays que le sien tant son Histoire est complètement différente, il y a énormément à apprendre à ce sujet et ce d’autant plus dans un pays qui au contraire de la France s’est construit sur des bases plutôt tristes qui sont très peu mises en avant aujourd’hui.

As-tu réussi à te faire un cercle d’amis ?

La réponse est oui ! Français ou québécois, on est vraiment très bien entourés ici et on espère vraiment pouvoir les revoir bientôt (depuis le début du mois d’octobre notre région est de nouveau confinée) et passer un Noël confortable ensemble (en tout cas avec les français, les québécois eux iront évidemment dans leurs familles respectives) !

 

Et voilà, je me réjouis à présent de commencer une nouvelle année ici. Mais d’abord, commençons notre 3ème hiver !
Si vous souhaitez lire ou relire les précédents articles de cette même série, tout est répertorié dans le menu Lifestyle puis Expatriation.

7 commentaires sur “Journal d’expatriation #6 : 2 ans à Montréal

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    Repondre Amélie

    L’article qui me fout la nostalgie (surtout au J1 du confinement#2)(haha).
    Je me retrouve pas mal dans beaucoup, beaucoup de lignes (pour être restée 2 ans et 5 mois au Canada, pfiou, c’est long et court, passé à la vitesse de l’éclair souvent, à part les moments de blues et qui me semble déjà bien trop loin). Je me souviens que je voulais absolument quitter la France car xx choses m’énervaient. En vivant dans le pays enfin auquel je rêvais depuis petite j’ai pu faire le point sur le côté sentimental / familial etc .. moi qui n’est pas super proche, pas grande famille, finalement, même 5 êtres humains te font prendre conscience de beaucoup de choses. L’expatriation, m’a aidé à me rapprocher de mes parents notamment. À la fin j’en souffrais d’être loin (et finalement depuis que je suis de retour en France je ne les ai toujours pas vu comme quoi). La France me manquait et maintenant que je suis ici c’est le Québec qui me manque. L’expatriation c’est jouer avec des sentiments sans cesse contradictoires et d’autant plus quand tu t’es sédentarisé (quand tu road trip sans cesse t’es plus dans le contemplatif). Là, dès lors que tu t’établies, tu prends des habitudes (vivre à 2mn d’un parc et 5mn d’un métro qu’est ce que ça me manque), tu te fais ton cercle d’amis (franco & quebs) .. 5 mois 1 an, 5 ans .. ça sera toujours une déchirure de partir. Ou de rester loin de tout ça de ton pays d’origine. C’est une belle aventure en tout cas qu’il faut profiter chaque jour. J’ai envie de pleurer en repensant à ma vie là-bas (même si je l’ai choisi ce retour en France mais quand même .. ça me fait un pincement)(et puis le retour à Marseille est pas mal folklo après la vie paisible à Montréal faut le reconnaître). Je me rappelle les bas côté professionnel en me disant que j’ai bien fait de rentrer en France, du moins pour l’instant. Mais c’est dur car une partie de moi sera toujours dans mon appartement de la rue Boyer à Montréal <3
    Profite bien de ta nouvelle vie (qui n'est plus vraiment nouvelle en fait) & des flocons qui vont vite recouvrir Montréal :)
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    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      Merci Amélie pour ton partage d’impressions (bon courage pour te refaire à la vie en France, on a connu mieux comme conditions de retour !) ! Pareil ici côté famille, avec mon copain on n’a vraiment pas une grande famille et on n’est pas non plus « très famille » de base mais la distance change absolument tout et te fait tellement prendre conscience comme tu le dis à quel point même 5 personnes changent toute la donne. Et de la même façon ça m’a aussi permis de plus me rapprocher de mes parents et de leur partager bien plus de choses. Je ne sais pas quand/si on rentrera un jour mais quand je pense à cette possibilité ça me rend déjà super triste parce que je sais à quel point chaque décision sera toujours forcément difficile à prendre même lorsque c’est choisi. Comme tu le dis c’est constamment une balance entre plein d’émotions différentes, on s’y fait à force mais c’est sûr que c’est moins paisible que lorsque l’on ne quitte pas son pays (sans jugement aucun). Je te souhaite vraiment de pouvoir t’épanouir dans ta nouvelle vie (et te souhaite surtout de pouvoir repartir vagabonder un peu partout, ton périple dans la Manche était si chouette à suivre et me rappelait quand on allait rendre visite aux parents de mon copain et qu’on allait faire galoper notre chien sur les plages du Débarquement !). Prends bien soin de toi, bon courage pour le confinement :)

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    Repondre Lolli

    J’adore ton bilan , je vous souhaite beaucoup de bonheur au Canada :)

    Prenez soin de vous

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    Repondre Chloé

    C’est drôle que tu parles maintenant d’avoir le cul entre 2 chaises car j’en discutais avec mon mari il y a quelques jours. Je n’ai jamais vécu à l’étranger mais j’ai pas mal voyage et quand on est hors de France, les informations nous paraissent un peu lointaines. On pense s’expatrier prochainement et je me demandais si cette impression pouvait parfois être aussi positive, dans le sens où tu as plus de distance avec les actualités, tant dans ton pays d’accueil que pour la France? Je ne sais pas si c’est très clair ce que je raconte! En tout cas, on envisage stockholm ou Montréal en destination, alors je suis toujours contente de lire tes articles. Merci de nous faire découvrir ton expérience !

    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      Hello ! Je comprends tout à fait ta question et je dirais qu’il y a une énorme différence avec le fait de se sentir un peu plus loin des actualités lorsque l’on est en vacances dans un autre pays que le nôtre en comparaison avec lorsque l’on vit ailleurs : quand on est en vacances on ressent automatiquement une forme de détachement parce qu’on relâche, qu’on ne travaille pas, qu’on est là pour visiter et profiter… Quand on vit ailleurs, le quotidien est le même mais déplacé géographiquement alors, je parle pour moi, de mon côté ça ne fait au final aucune différence et si je suis géographiquement plus loin, je m’informe de la même manière (je ne m’informais pas via la télé ou via la radio en France donc il n’y a absolument aucun changement à ce niveau) et à la même fréquence que lorsque je vivais en France. J’espère que ma réponse pourra t’aider ! :)

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    Repondre Cécile - Plumedouce

    C’est beau de se sentir chez soi je trouve ! :) Je pense que le Canada me plairait énormément, mais je ne pourrais pas vivre trop loin de mes proches. C’est vraiment quelque chose qui serait trop dur pour moi… Mais un jour, peut-être ? Je ne me mets pas de pression.
    En tout cas, c’est très chouette de découvrir ton parcours, ton ressenti face à toute cette aventure ! J’avoue comprendre beaucoup tes mots… En tout cas, je te souhaite une très belle continuation ! :)

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    Repondre Annaëlle

    Un article très intéressant qui laisse bien entrevoir les bons côtés mais aussi les difficultés de l’expatriation. C’est un projet dans lequel je me reconnais bien même si j’ai du mal à sauter le pas. Je vous admire beaucoup pour cela et j’espère un jour avoir le même cran !

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