Vingt-cinq années plus tard

C’est le cinq décembre mille neuf cent quatre-vingt-douze vers les 6h30 du matin que j’ai décidé de naître. Comme n’importe quel bébé, mais vingt jours trop tôt. Je devais être un bébé de Noël, mais j’ai décidé que j’avais le droit d’avoir ma propre fête et ne pas être noyée parmi les parts de bûche alors voilà. Je suis née le cinq décembre et pas le vingt-cinq. Je n’aurais pas pu rêver mieux comme mois de naissance : parmi tous les mois de l’année, c’est bien mon préféré. Pourtant, de la même manière que je savoure chaque saison, je les aime à peu près tous. Il ont tous leurs particularités, leurs propres saveurs, leurs habitudes… mais décembre, c’est bien mon favori. Il a cette douceur de la fin de l’automne et du début mordant de l’hiver et avec lui, la saveur des fêtes, de l’écorce de clémentine qui teinte le bout de nos doigts, des papiers qui brillent des papillotes, des épines de pin, du craquement de la poudreuse sous mes pieds d’enfant, de la cheminée de la maison de montagne de mon enfance… enfin, je ne vais pas vous raconter le mois de décembre mais plutôt vous raconter (un peu) ces vingt-cinq dernières années.

Vingt-cinq années, ça commence à faire beaucoup. C’est le premier vrai cap à mon goût, mes dix-huit ans sont passés comme une lettre à la poste, les vingt-ans ont commencé à me faire bizarre parce que tout de même, vingt c’est un nombre qui commence à avoir une connotation un peu plus adulte, et puis vingt-cinq c’est le fameux quart de siècle. Je crois que seuls mes seize ans avaient été un cap que je n’avais pas apprécié, étrange non ?  Vingt-cinq, c’est le nombre qui a toujours sonné à mes oreilles comme l’âge de quelqu’un de sage et d’avisé. Suis-je sage et avisée ? Pas totalement encore, je crois, mais j’y travaille. On ne fait à mon goût jamais suffisamment le point. C’est vrai non ? Les journées filent si vite et avec elles, les semaines, puis les mois et puis les années. Plein d’années qui s’accumulent et dans lesquelles il se passe encore plein de choses dont on ne s’aperçoit pas toujours. J’ai tant aimé mon enfance que j’y repense parfois, souvent, avec cette douce impression de nostalgie : l’odeur des bougies d’anniversaire, le magicien et son nez de clown, les jeux dans le jardin, les feux de cheminées, la montagne et les mètres de neige l’hiver, les parties de billes dans la cour de l’école et cette chance incomparable que l’on avait, mes camarades et moi, de faire du ski dans la station de notre village l’hiver et moi de rentrer à skis à la maison tant j’habitais tout près… C’est cette douce nostalgie que j’ai envie de ressentir tout au long de ma vie : un manque un peu doux qui nous rappelle que l’on a aimé chacun des jours passés et que même les périodes un peu difficiles dont on aimerait ne pas se souvenir parfois ne comptent finalement plus autant que le reste aujourd’hui.

Alors pour ce billet, j’ai eu envie de faire le point. Le point sur mes vingt-cinq ans et aussi le point sur cette nouvelle année qui vient de s’écouler. Un deux en un pour voir où j’en suis et pour pouvoir peut-être me relire plus tard et constater que j’aurai encore fait un sacré bout de chemin depuis et que j’aurai sans doute de quoi être un peu fière.

Commençons par ça : la fierté. On l’est trop peu souvent, fier·e de soi. Alors que c’est important non ? D’aimer ce que l’on fait, ce que l’on est et se dire que l’on mérite ce qui nous arrive car on a retroussé ses manches pour ça. J’ai beau souvent enfouir ma fierté sous mes pieds en disant « oui mais, c’était facile », « oui mais, c’est pas grand chose », « oh, tout le monde aurait pu le faire tu sais… », « oh, j’ai de la chance c’est tout, je n’ai jamais été seule ». Pour une fois, je me force à me dire que je suis quand même un peu fière de moi et que même si j’ai la chance et le privilège d’avoir un entourage qui me soutient, tout ce que j’ai accompli c’est avec mes petites mains que je l’ai fait.

Alors si je peux vous donner un message aujourd’hui c’est ça : arrêtez-vous un instant, regardez votre parcours, qu’il soit grand ou petit et accordez-vous le droit de ressentir de la fierté pour la personne que vous êtes ! Je suis certaine que vous avez accompli bien plus que ce que vous croyez ❤

En vingt-cinq ans et cette année, j’ai osé dépasser mes propres craintes, aller contre ma personnalité réservée et craintive et suis aujourd’hui ma propre patronne. Si mon moi d’il y a 10 ans avait su ça, je crois que je ne l’aurais pas cru ! J’aimerais retourner voir l’enfant dans sa robe à fleurs que j’étais en primaire pour lui dire, entre deux dessins faits pour mes copains à la récré, que maintenant je dessine, écris et crée pour vivre. Ce n’est pas facile tous les jours mais je suis fière de faire ce que j’aime chaque jour et de réussir dans le milieu que j’ai choisi. J’ai créé ma propre entreprise et avec ça, j’ai même créé ma propre marque, réalisant l’un de mes rêves sans même m’en être rendue compte. Comme quoi, parfois il n’y a pas vraiment de chemin tout tracé ! Je pensais me calquer sur un modèle professionnel « classique » tant le changement me fait facilement peur. Pourtant je suis allée à l’inverse de ce que je pensais et de ce que ma nature un peu craintive et timide semblait présager pour mon avenir. Et pourtant, aussi, je suis loin de ce que les magazines et les sites décrivent de l’entrepreneuriat : travailler d’arrache-pied au quotidien ce n’est pas pour moi. Je travaille beaucoup, ça c’est certain, mais je fais en sorte de me préserver aussi, pour ne pas exploser en plein vol. J’ai besoin de me reposer, d’avoir mes week-ends, de me prélasser parfois et même si je culpabilise beaucoup encore lorsque je ne suis pas productive, pas assez pour moi en tout cas, je sais que je ne serai jamais l’une de ces personnes pour qui travailler dur, tout le temps, n’est pas un problème. D’ailleurs c’est l’un de mes souhaits pour 2018 : apprendre à ne plus culpabiliser lorsque je ne fais rien. Et puis apprendre à prendre du recul, à ne plus angoisser lorsque je traverse des périodes vraiment chargées et à mettre complètement de côté mes journées sitôt le soir arrivé.

Durant ces vingt-cinq années, je suis devenue végétarienne et je suis devenue féministe aussi. Les deux vont de paire tant ils sont issus d’un cheminement de pensée semblable : refuser une supériorité qui nous semble, à nous, ridicule et insensée. Je suis loin d’être parfaite encore mais je suis mon petit chemin à mon rythme. Et ça me va très bien comme ça je crois ! Je souhaite encore m’informer, lire et me cultiver encore plus à ce sujet pour me former un socle de connaissances encore un peu plus solide. Je suis pourtant parfois en colère et cette colère là est pesante certaines fois, je vous en parlerai peut-être un peu plus tard. Pourtant cette colère m’aide dans un sens à me sentir un peu plus forte, à me sentir moins brindille fragile et à m’affirmer encore un peu plus. Elle m’aide aussi à n’en avoir que faire des opinions qui ne sont pas les miennes : de les accepter mais aussi de les remettre en question lorsque je sais que j’ai raison, que j’ai vraiment raison.

Au bout de vingt-cinq années, je commence doucement à assumer qui et comment je suis. Bon ça, c’est une vraie-fausse affirmation : je commence à m’assumer mais il reste encore un long chemin à parcourir avant d’accepter de m’assumer complètement. Physiquement comme moralement. Ça aussi ça va de paire, l’un ne peut vraiment pas être complètement détaché de l’autre tant notre enveloppe physique accompagne au quotidien notre personne morale.

Et puis au final, je suis encore introvertie et je finis par me dire tant pis. Je ne suis pas que ça et c’est quelque chose que j’ai fini par accepter. Introvertie ne veut surtout pas dire muette ! Peu importe si je suis plus à l’aise à l’écrit qu’à l’oral, l’essentiel est de trouver la façon dont je préfère m’exprimer et ne pas avoir honte de parfois préférer rester au calme plutôt que d’être mêlée à une foule un peu oppressante. Je me sens souvent invisible et c’est quelque chose que je trouve un peu blessant, mais tant pis aussi. Je regrette parfois que les personnes ne sachent pas qui je suis vraiment dans mon cercle privé, lorsque je suis dans un univers dans lequel je suis vraiment à l’aise. Mais peut-être que ça viendra ou peut-être que non, l’essentiel est que les personnes les plus proches de moi me connaissent vraiment.

Pour parler de cette année 2017 qui vient de s’écouler (à une vitesse incroyable une nouvelle fois !), j’ai appris de plus en plus sur moi-même, je commence à mieux cerner mon propre fonctionnement, je sais ce qui marche ou non dans la manière dont je travaille et surtout je sais qu’il faut que j’arrête d’atteindre la dernière limite avant de prendre du repos : je finis souvent épuisée (donc malade) et c’est quelque chose que j’ai envie d’arranger pour les années à venir. J’ai envie d’avoir moins peur, d’être moins angoissée et d’encore plus profiter.

Je ne souhaite qu’une seule chose : voyager le plus possible, que ce soit dans des destinations lointaines ou non. Le quotidien me lasse parfois et bien qu’adorant mon chez-moi, j’aime surtout l’ailleurs qui nous fait grandir, ouvrir les yeux et encore plus apprécier chacun des moments que l’on traverse. Et puis, partir c’est aussi encore plus apprécier de revenir. Et puis j’ai aussi d’être un peu moins dure avec moi-même, de passer plus de temps avec mes proches, d’arrêter de culpabiliser lorsque je n’ai pas envie de faire quelque chose et que l’on attend de moi que je le fasse et de ne pas m’oublier. Plein de petites choses qui au final mises bout à bout ont vraiment pour but de me rendre le quotidien plus doux et de m’aider à moins me poser de questions sur tout, tout le temps.

Et puis par dessus tout, pour toutes les années à venir j’ai envie de me faire plus confiance et de croire un peu plus en moi : finalement, peu importe le chemin par lequel on passe, c’est en croyant un peu plus en soi que l’on finit toujours par atteindre, complètement ou non, l’objectif que l’on vise, non ?

Sur ces derniers mots, je vous souhaite une excellente journée et vous retrouve très vite ici ! Prenez bien soin de vous 😘

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11 commentaires sur “Vingt-cinq années plus tard

  • Repondre Soraya

    J’ai adoré ton texte que je trouve très touchant.
    Je te souhaite une excellente année et beaucoup de bonheur, que tu puisses continuer à t’épanouir dans cette vie pleine de surprises !

    Des poutoux

  • Repondre marionromain

    Il m’a remuée ton article. Parce que forcément, en m’arrêtant sur le regard que tu poses sur ton parcours, j’ai été tentée de m’arrêter sur le mien, et… ça remue ! Tu fais en tout cas partie des personnes qui m’inspirent dans la « blogosphère », et qui me poussent à me questionner sur mes propres choix. Merci pour ça, et encore une fois, bon quart de siècle !

    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      Merci beaucoup Marion ! C’est toujours tellement agréable de revoir les mêmes noms constamment revenir et tes messages me font toujours super plaisir <3

  • Repondre Lolli

    L’impression de lire ce que je ressens , ça fait plaisir de lire une personne semblable à soi. Le côté introverti, l’envie de voyager pour être émerveillée, le fait de s’assumer… ;) Tu n’es pas seule

    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      C’est agréable de savoir que l’on est plein à se ressembler et à ressentir les mêmes choses ! <3

  • Repondre Laura

    hope you’re having a great time being 25, haha! i feel a bit bad about not sending you a card for your birthday or christmas, but maybe i’ll manage to write some time soon. also, i love this dress of yours! xx

    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      Thanks a lot Laura ! Ohh don’t feel bad, I always forgot too but it doesn’t mean we forget each other, right ? :D

  • Repondre Lucieautourduglobe

    Ton article m’a beaucoup ému…
    J’aurais 25 ans dans quelques mois, et tout passe trop vite. J’ai peur d’arriver à 25 ans sans avoir fait quelque chose de plus, l’impression de complétement piétiner depuis des mois. Surtout depuis que je suis arrivée à Bordeaux et que je ne trouve aucun emploi dans ma branche (l’audiovisuel).
    Ton article m’a ainsi fait beaucoup de bien… Je te souhaite le meilleur, et de toujours voyager, écrire, t’épanouir.
    A bientôt

    • La Mouette
      Repondre La Mouette

      Ohh, il y a des périodes comme ça où tu ne sais pas bien où tu vas, ce que tu fais. Je suis toujours convaincue que ces périodes là ne sont que des passades et surtout ne culpabilise pas de ne pas avancer aussi rapidement que ce que tu souhaiterais ! Courage à toi, 25 ans ce n’est pas vieux encore tu sais ! Des bisous <3

  • Repondre Astrid

    De la part d’une vieillarde qui a dépassé les 25 ans depuis plus de trois longues années, félicitations pour ton parcours très impressionnant ! C’est magnifique d’avoir déjà réussi à trouver ta voie et ta place, à pouvoir vivre de ce que tu aimes sans te tuer à la tâche. Je te souhaite une très bonne continuation, c’est en tout cas toujours un plaisir de te lire.

  • Repondre Eva

    Merci pour cet article ! Même si je pense que nous avons des vies différentes, je me suis reconnue dans ce que tu dis et dans tes aspirations pour cette nouvelle année (aussi bien 2018 que notre 25ème année). Ce que j’en retire, c’est que moi aussi j’ai envie de vivre pour moi, mieux me cerner pour m’accepter et vivre chaque jour heureux.

    Merci de partager tout ça avec nous

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